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Cannabis : la légalisation en France ?

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L’opinion des français concernant le cannabis est à un « point de bascule » nous révélait l’année dernière une enquête Ifop pour Terra Nova et Echo Citoyen. Le résultat de cette enquête démontre que les personnes interrogées – échantillon de 2005 individus de plus de 18 ans – considèrent le cannabis comme un produit dangereux, mais bien moins que le tabac et un peu plus que l’alcool. L’enquête était construite de sorte que les interrogés devaient attribuer une note estimée de « dangerosité » d’un produit, sur une échelle de 1 à 10 (du moins au plus dangereux). Avec une moyenne de 9.4, la cocaïne tient le haut du tableau, suivie par les drogues psychédéliques, le tabac (8.2), le cannabis (7.8), puis l’alcool (7.7). 

Pourtant, les même interrogés précisent qu’ils estiment la consommation de cannabis néfaste pour la santé. Seuls 1% de ces individus estiment que la prise n’a aucun impact, alors que 38% restent convaincus que la toute première prise peut déjà nuire à la santé, même si elle ne perdure pas par la suite. Bien entendu, 49% sont persuadés que la dépendance et les effets d’accoutumance sont les plus dangereux pour la santé, ainsi que l’association avec d’autres produits. Enfin, et ce chiffre nous intéresse tout particulièrement, ils étaient 51%, au moment de l’enquête, à se dire favorables à la mise en vente libre avec régulation de l’État. L’un des sondés précise qu’« il faudrait des  règles concernant la production de cannabis, sa distribution et sa consommation en France, tout en maintenant son interdiction dans certains cas ».

Cette dernière recommandation résonne aujourd’hui particulièrement, à l’heure où les débats sur l’encadrement et/ou la légalisation du cannabis sous certaines formes (CBD) et dans des contextes circonscrits (thérapeutique, récréatif) sont vifs et se font pressants. La récente déclaration d’Édouard Philippe, le 5 avril dernier lors d’un déplacement dans la Creuse, renforce la conviction de ce « point de bascule » évoqué au départ. Annonçant qu’il serait « absurde » de s’interdire la possibilité de « réfléchir à la légalisation du cannabis à usage thérapeutique en France », le premier ministre rejoint Éric Correia sur la possibilité de créer une « filière chanvre thérapeutique » dans le cadre du plan de redynamisation de la Creuse.

Avec plus de la moitié de la population favorable à une nouvelle règlementation, quelques élus et une poignée de ministres prêts à considérer de telles propositions, il semblerait qu’une possible légalisation du cannabis, soit sur le point de basculer.

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Éric Correia : de Matignon à l’ONU

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Le 26 septembre dernier, Éric Correia – président du Grand-Guéret et conseiller régional de Nouvelle Aquitaine – et Jean-Baptiste Moreau – Député LREM de la Creuse – étaient conviés à Matignon pour une réunion de travail autour de la question de la légalisation du cannabis. Les deux élus creusois étant favorables à la légalisation du cannabis à usage médical, ces derniers étaient venus présenter un projet expérimental d’implantation d’une filière de production sur le territoire de la Creuse.

Toujours dans cette veine, c’est ce projet qui l’a conduit ce 20 mars à Vienne, invité par la commission des Nations Unies sur les stupéfiants, réunie depuis le 14 mars autour de cette thématique. Sa proposition s’articule principalement autour des questions de production et de distribution, rappelant que si « les bienfaits pour de nombreux malades de ces molécules ont été prouvés, la chaîne de production doit être sécurisée dans son ensemble, pour le bien des patients ». En fervent militant du cannabis médical, son argument principal reste la volonté de soulager les patients en état de souffrance, qu’il décrit « dans une situation d’impasse », car « [bourrés] de médicaments qui sont beaucoup plus nocifs et qui provoquent des dépendances beaucoup plus importantes que pourrait faire le cannabis thérapeutique ». Éric Correia souhaite un processus de production, tout comme un mode de distribution sécurisé « au plus proche des malades », posant cette nécessité comme besoin « essentiel » dans le soin, en lien avec l’usage de médicaments à base de cannabis. Ce faisant, il rappelle que ses motivations, bien avant une logique économique de pur développement territorial, sont principalement sanitaires, dans une perspective de réduction de la souffrance liée à la maladie.

En définitive, il semble que le discours de l’élu creusois soit entendu, dans ce mouvement d’ouverture de la France à la légalisation du cannabis à usage médical dans un premier temps, voire à sa légalisation, tout court. Pourtant, pour Éric Correia comme pour d’autres défenseurs du cannabis thérapeutique, l’État Français reste encore trop frileux, indécis. Alors ce mouvement d’ouverture qui semble s’initier pourrait finalement profiter à d’autres, les filières françaises pouvant choisir d’aller s’implanter à l’étranger. Le manque à gagner s’accentuant au rythme de ses hésitations, le gouvernement doit trancher. Et rapidement.